Site archéologique de Qumrân

Qumrân est un site archéologique en Cisjordanie en surplomb de la rive ouest de la mer Morte, à la limite historique de la Judée, de l'Idumée et de la Pérée et sur le territoire de la province romaine de Judée.

Qumrân (en hébreu קומראן et en arabe Khirbet Qumran خربة قمران : « ruines de Qumrân ») est un site archéologique en Cisjordanie en surplomb de la rive ouest de la mer Morte, à la limite historique de la Judée, de l'Idumée et de la Pérée et sur le territoire de la province romaine de Judée au moment où le site a été attaqué et détruit par les Romains (vers 68-70). L'implantation a eu lieu pendant l'époque hellénistique et pourrait avoir été construite durant le règne de Jean Hyrcan, (134-104 avant notre ère) ou un peu plus tard, et a été occupée la plupart du temps jusqu'à ce qu'elle soit détruite par les Romains vers 70.

L'établissement a été construit sur les ruines d'un fortin israélite de l'âge du fer. Le site est surtout connu comme étant le plus proche des grottes dans lesquelles les Manuscrits de la mer Morte ont été cachés dans des grottes situées sur des falaises abruptes et désertiques ou en dessous, dans la terrasse marneuse. Dans le « modèle standard » au sujet de la « secte de Qumrân », le site aurait été un centre essénien dès la création de ce mouvement dans la première partie du IIe siècle av. J.-C. où auraient été écrits les Manuscrits de la mer Morte retrouvés dans onze grottes à proximité. Toutefois l'archéologie ne confirme pas cette thèse, car tout porte à croire que Qumrân a eu une destination militaire, pendant la période hasmonéenne, jusqu'à ce qu'il la perde après un tremblement de terre au Ier siècle av. J.-C. — peut-être le tremblement de terre de -31 dont parle Flavius Josèphe — qui a affaibli son mur principal. Certains défenseurs de la thèse qui veut que cela ait été un centre essénien estiment désormais que l'occupation essénienne a eu lieu à partir de ce moment.

Pourtant, aucun lien n'a pu être établi entre les manuscrits et les ruines de Qumrân si ce n'est la proximité des grottes où ils ont été cachés. Les plus de 800 écritures individuelles différentes montrent de plus que les manuscrits n'ont pas été copiés sur place. D'autre-part, il ne semble pas que le site soit celui dont parle Pline l'Ancien dans une description idéalisée, car il insiste pour dire que les « esséniens » qu'il décrit n'ont pas de femmes, or dans le cimetière d'environ 1 200 tombes un tiers des quelques tombes explorées étaient occupées par des femmes et les manuscrits donnent des règles spécifiques concernant le mariage.

Pour certains chercheurs, comme Norman Golb, André Paul, Michaël Wise, Bruno Bioul, les manuscrits, malgré leur proximité géographique avec le site, n'auraient pas de lien avec lui et pourraient provenir de diverses bibliothèques y compris éventuellement celle du Temple. Une partie d'entre-eux estiment que les manuscrits accompagnés des objets de grande valeur inventoriés sur le rouleau de cuivre ont été cachés là lors de la Grande révolte qui débute en 66, par un des groupes de révoltés. Le contenu de la centaine de manuscrits que l'on dit « sectaires » étaient très anti-romains, ceux qui contrôlaient le site à l'arrivée des Romains ayant résisté, comme en témoigne l'archéologie et le seul autre endroit où l'on a trouvé des copies de manuscrits « sectaires » est la forteresse de Massada contrôlée pendant toute la révolte par des Sicaires ou des Zélotes. D'autres pensent qu'on ne peut rejeter le lien entre le site archéologique et les grottes, de par leur proximité et les signes d'une vie spirituelle intense dans ces bâtiments.

Le site de Qumran est aujourd'hui sous l'administration des Parcs nationaux israéliens. Il est situé à proximité du kiboutz Kalya.

Les ruines de Qumrân
L'analyse des restes bâtis du bâtiment central de Khirbet Qumrân construit dans les dernières décennies du IIe siècle av. J.-C., révèle qu'il s'agissait bien de constructions fortifiées avec une tour. Il s'agit donc d'un bâtiment militaire hasmonéen, alors que selon le « modèle standard » les hasmonéens étaient les pires ennemis des esséniens ayant écrit les manuscrits. Les archéologues Amir Drori et Yitzak Magen « ont montré comme d'autres l'avaient fait avant eux, que Qumrân se trouvait juste au milieu d'un alignement de forteresses établies par la dynastie hasmonéenne qui allaient de Nablous au nord jusqu'à Massada au sud. ». Ce bâtiment militaire ayant été construit sur un site stratégique dominant la côte, sur un promontoire dont la valeur militaire est évidente, « à la croisée des chemins militaires et commerciaux », là où « les voies terrestres tâtonnantes se doublaient de voies maritimes. » Sur ce même site avait été construite une forteresse datant de l'Âge de fer (VIIIe – VIIe siècle av. J.-C.), dont les infra-structures ont été utilisées pour construire le fortin hasmonéen. Pour plusieurs critiques, cet élément s'ajoutant à de nombreux autres rend très peu probable la thèse du « modèle standard »

Au Ier siècle av. J.-C., après un événement qui a ébranlé son mur d'enceinte et laissé les traces d'un grand incendie, la destination du site pourrait avoir changé. Cet événement est soit l'attaque d'une armée ennemie, soit selon Roland de Vaux le tremblement de terre de -31 dont parle Flavius Josèphe. Une période où il est inoccupé suit ces destructions. Dans cette période hérodienne, le site connaît une extension à l'extérieur du quasi carré que formait l'enceinte centrale fortifiée. Des bassins pour le stockage de l'eau, déjà nombreux, sont ajoutés et un système hydraulique complexe, comportant un aqueduc, est construit. L'alimentation en eau dépendait aussi d'un tunnel creusé dans le roc. Les archéologues Drori et Magen estiment que cet « investissement lourd [est] plus en accord avec un projet gouvernemental qu'avec une initiative sectaire. ». Il est toutefois possible que Qumrân ne soit plus « un relais stratégique avec fortifications, mais un espace économique aux activités diversifiées de production ou de transformation, pour l'usage local ou pour l'exportation. » Les archéologues ont notamment mis au jour plusieurs équipements, comme « deux grands fours bien conservés », un atelier de potier produisant un grand nombre d'objets. Il y a aussi « trois bassins de grand gabarit collés l'un à l'autre » pouvant avoir servi au « trempage des denrées en cours de préparation », notamment récoltés à Aïn Feshka, situé à 3 km et relié par un mur au site de Qumrân.

Interprétation
Le site archéologique n'avait guère retenu l'attention des archéologues jusqu'à la découverte des manuscrits. Les premières conclusions du père Roland de Vaux liant ce site et la production des manuscrits ont progressivement été mises en doute par le développement des connaissances archéologiques. Aujourd'hui, une majorité d'archéologues rejette la thèse essénienne mais ne parvient à aucun consensus : certains y voient un établissement militaire, d'autre un établissement portuaire — des témoignages d'activité maritime ont été découverts autour de la mer Morte —, commercial ou agraire. Le site ne peut cependant pas être séparé des grottes : les jarres cylindriques à couvercles restent une exclusivité de Qumran ; l'exceptionnel nombre de graffitis révèle un milieu intellectuel sur le site comme dans les grottes ; l'étude des tissus enveloppant les manuscrits montre qu'ils ont été tissés et teints sur place. Les monnaies retrouvées sur place indiquent une origine datant du roi hasmonéen Alexandre Jannée (-103 - -76). Il semble que le site ait été occupé par deux groupes différents, dont le premier serait un groupe aristocratique ou militaire et le second se serait installé à l'époque d'Hérode Ier le Grand. Quelques vestiges archéologiques montreraient une pratique religieuse stricte par ce second groupe : bains rituels (mikveh), erouv, vaisselle rituelle. « Rien n'indique que les résidents juifs de Qumran étaient esséniens. Il est néanmoins raisonnable de le penser puisque les auteurs anciens localisent la secte sur la rive occidentale de la mer Morte. ».


Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source de base : Wikipedia soumis à évolution intéractive.
Proposer une modification ou un complément d'information ? suivez notre formulaire : (en cours)

Back to top