Il s'agit de l'une des plus grandes métropoles de la Mésopotamie antique, s'étirant sur environ 360 hectares à son apogée, lorsqu'elle fut capitale de l'Assyrie à partir du règne d'Assurnasirpal II (883-859 av. J.-C.).

Nimroud (en arabe : النمرود, Nimrūd) est un site archéologique tirant son nom du héros biblique Nimrod, sur lequel se trouvent les ruines de la cité assyrienne appelée Kalkhu (Kalḫu, Calah dans la Bible). Ce tell est situé à l'est du Tigre, quelques kilomètres au nord de sa confluence avec le Zab supérieur. Kalkhu était située à 35 km de Ninive (un faubourg de l'actuelle ville irakienne de Mossoul).

Il s'agit de l'une des plus grandes métropoles de la Mésopotamie antique, s'étirant sur environ 360 hectares à son apogée, lorsqu'elle fut capitale de l'Assyrie à partir du règne d'Assurnasirpal II (883-859 av. J.-C.). Ce dernier a en effet entrepris de la reconstruire complètement et de l'étendre pour qu'elle reflète la puissance de son royaume. Elle eut le rang de capitale jusqu'à la fin du VIIIe siècle av. J.-C., où elle fut supplantée par Dur-Sharrukin (Khorsabad), puis Ninive. Elle fut détruite dans les années 614-612 av. J.-C., lors de la chute de l'empire assyrien sous le coup des attaques conjuguées des Babyloniens et des Mèdes.

Les fouilles de l'ancienne Kalkhu, concentrées essentiellement sur le tell de Nimroud, mais également sur le tell Azar voisin, correspondant à un ancien arsenal (« Fort Salmanazar »), débutèrent dans les années 1840, en même temps qu'étaient découvertes plusieurs autres capitales de l'ancienne Assyrie (Ninive, Dur-Sharrukin). Ces fouilles furent poursuivies à plusieurs reprises depuis, sous la direction de plusieurs équipes d'archéologues, principalement britanniques et irakiennes. Elles permirent la mise au jour de plusieurs bâtiments remarquables, dont en premier lieu le palais sud-ouest d'Assurnasirpal II et plusieurs temples, ainsi que d'autres palais sur le tell de Nimroud, et un autre édifice servant d'arsenal aux armées assyriennes de Fort Salmanazar.

Les archéologues y ont exhumé des nombreuses sculptures sur pierre, notamment des statues colossales de génies gardant les portes de ses édifices (taureaux et lions androcéphales ailés) et des bas-reliefs représentant d'autres génies protecteurs, ainsi que des scènes de victoire des troupes assyriennes. Parmi les autres trouvailles notables, on compte des milliers d'objets en ivoire sculpté, provenant pour la plupart de Syrie et de Phénicie. On a aussi retrouvé des bijoux finement ouvragés en or et en pierre précieuse, provenant des tombes de plusieurs reines assyriennes mises au jour dans le palais sud-ouest. De nombreuses tablettes cunéiformes ont également exhumées.

Après avoir été reconstruit par les autorités irakiennes à partir des années 1950, le site a subi de nombreuses dégradations, à la suite de la déstabilisation de la situation politique du Nord de l'Irak dans les années 1990 et 2000. Il a ensuite été l'une des cibles de la campagne de destructions d'anciens sites archéologiques par l’État islamique, en mars 2015. Les principaux monuments et œuvres d'art demeurés sur le site de Nimroud ont été détruits au bulldozer et à l'explosif à cette occasion.

Le site de Nimroud à l'époque contemporaine : redécouverte, restaurations et destructions

Le site de Nimroud fut mentionné pour la première fois sous ce nom dans les sources modernes par le danois Carsten Niebuhr, alors qu'il était à Mossoul en 1776. Il avait alors reçu le nom du chasseur et fondateur de cités Nimrod, personnage légendaire mentionné dans la Genèse (X, 11-12), et reprit dans les traditions juive et islamique médiévales, en relation avec la patriarche Abraham1. Du fait de son caractère de fondateur de cités, les habitants de l'Irak avaient nommé plusieurs sites de ruines antiques d'après son nom car ils lui en attribuaient la fondation (c'est également le cas de Birs Nimroud dans le Sud où se trouvent les ruines de l'antique Borsippa). Le site fut exploré à partir des années 1840, période des redécouvertes des capitales assyriennes par des diplomates anglais et français qui s'improvisaient archéologues avec des méthodes encore peu abouties, plus orientées vers la recherche d’œuvres d'art à ramener dans leur pays.
Les fouilles britanniques du XIXe siècle
        
Illustrations des ouvrages relatant les découvertes de Layard à Nimroud : découverte d'une statue colossale, et déplacement d'une autre en vue de son transfert.

Le site de Nimroud attira d'abord l'attention de l'anglais G. P. Badger en 1844. L'année suivante, son compatriote Austen Henry Layard entama les fouilles, croyant alors avoir trouvé Ninive3. Seulement appuyé pour diriger les fouilles par le chrétien irakien Hormuzd Rassam, financé d'abord par l'ambassadeur britannique dans l'empire ottoman, Stratford Canning, puis par les Trustees du British Museum, il conduisit ses travaux de 1845 à 1847 puis de 1849 à 1851. Ces campagnes marquèrent un tournant dans l'essor de l'archéologie mésopotamienne en raison de l'ampleur des découvertes, contemporaines de celles des consuls français à Khorsabad. Layard put dégager une partie du Palais nord-ouest, ainsi que les temples de Ninurta, d'Ishtar, la ziggurat, les palais central, sud-est et sud-ouest, et aussi le Fort Salmanazar. Il exhuma surtout les bas-reliefs du palais principal et les statues colossales gardant les portes des édifices, ainsi que d'autres œuvres remarquables comme l'obélisque noir de Salmanazar III.

Le British Museum, qui récupéra les sculptures et autres œuvres remarquables trouvées sur le site pour les exposer dans ses collections, poursuivit le financement de fouilles après le départ de Layard : Henry Rawlinson en 1852 avec l'aide de Felix Jones, capitaine de l'Indian Navy qui dressa un plan du site, puis Rassam en 1852–54, et William K. Loftus et William Boutcher en 1854–55, qui dégagèrent les palais central, sud-est et nord ouest ainsi que le temple de Nabû. À la lecture des inscriptions du site, Rawlinson avait alors trouvé qu'il ne s'agissait pas de Ninive comme le pensait Layard, mais d'une autre capitale assyrienne, Kalkhu (Calah dans la Bible).

Le site fut ensuite visité par des représentants d'autres pays, à la recherche de bas-reliefs à acquérir : le français Henri-Pacifique Delaporte en 1862, le suisse Julius Weber en 1864. Les fouilles reprirent brièvement sous la direction du britannique George Smith en 1873, puis à nouveau Hormuzd Rassam en 1878-1879, qui explora à son tour les palais sud-est et central, le temple de Nabû, et découvrit le temple de Kidmuru.

Les fouilles de l'après-guerre et les restaurations
Les campagnes de fouilles reprirent à Nimroud en 1949, à l'initiative de l’École britannique d'archéologie en Irak (British School of Archaeology in Iraq, BSAI, aujourd'hui British Institute for the Study of Iraq, BISI). Treize campagnes furent conduites, sous la direction de Max Mallowan jusqu'en 19575 (accompagné de son épouse Agatha Christie, qui a laissé des témoignages de ces fouilles dans son Autobiographie), puis à sa suite sous celle de David Oates qui l'accompagnait depuis les débuts, et enfin en 1963 sous celle de Jeffrey Orchard. Ces campagnes furent en particulier l'occasion de dégager la zone privée du Palais nord-ouest, où furent mis au jour de nombreux objets en ivoire, et de poursuivre l'exploration des autres monuments de l'acropole (les temples de Ninurta et de Nabû, le Palais brûlé, le Palais du Gouverneur, le Palais sud-est, le Bâtiment de 1950, les résidences situées contre l'enceinte) et de Fort Salmanazar. La BSAI/BISI entreprit également la publication des tablettes cunéiformes retrouvées à Nimroud dans la série Cuneiform Texts from Nimrud (CTN).

Parallèlement le Département des Antiquités irakien conduisait des fouilles dans le Palais nord-ouest sous la direction de Behnam Abu es-Soof entre 1956 et 1959, avec le projet de restaurer les salles de l'édifice pour le préserver et l'ouvrir au tourisme, en commençant par la salle du trône. À partir de 1969, les équipes irakiennes reprirent leurs campagnes de fouilles et de restaurations des édifices de Nimroud, essentiellement dans le Palais nord-ouest. Une partie des œuvres dégagées fut transférée au Musée de Mossoul qui ouvrit ses portes en 1974. Parmi les découvertes marquantes, de nouveaux ivoires furent découverts en 1975 dans une pièce du sud du Palais nord-ouest. Parallèlement, de 1974 à 1976, une équipe d'archéologues polonais dirigée par Janusz Meuszynski fouilla les bâtiments de centre du tell (Bâtiment central, Palais central). Entre 1987 et 1989, ce furent des équipes italiennes qui rejoignent le site, conduisant une prospection de surface et poursuivant les fouilles du Fort Salmanazar. En 1989, une équipe du British Museum revint pour fouiller le même édifice.

La trouvaille la plus spectaculaire des dernières campagnes de fouilles de Nimroud fut celle, entre 1988 et 1991, des tombes souterraines de plusieurs reines assyriennes, situées dans la partie sud du Palais nord-ouest, qui livrèrent une impressionnante quantité d'objets de luxe. Les travaux de fouilles et de restauration, interrompus par la Première guerre du Golfe, reprirent brièvement à partir de 2001, en particulier dans le secteur du temple d'Ishtar.

Les destructions
Le site de Nimroud fit l'objet de premières dégradations dès 2003, des pilleurs tentant d'enlever des bas-reliefs et en fracturant plusieurs, dans les semaines suivant la chute du régime de Saddam Hussein qui virent également le pillage du musée national d'Irak et du musée de Mossoul qui contenaient une partie des œuvres provenant de Nimroud (mais pas le trésor des tombes des reines, mis à l'abri dans la Banque centrale irakienne). Il fut ensuite placé sous la protection de l'armée américaine, jusqu'au retrait de celle-ci de la région.

Lorsque l'État islamique s'empara de la région en 2014, les sites archéologiques antiques devinrent leur cible potentielle. En raison de leur caractère pré-islamique et de la présence de représentations relevant de religions antiques polythéistes, ils furent considérés comme « idolâtres » et voués à la destruction. Le 5 mars 2015, l'État Islamique annonça avoir entrepris la destruction du site de Nimroud, dans les mêmes jours qui virent cette entreprise d'anéantissement du patrimoine concerner plusieurs autres sites antiques de renom (Ninive, Hatra, Khorsabad) et le musée de Mossoul. Des vidéos de propagande montrent la destruction de plusieurs bas-reliefs et statues du Palais nord-ouest par des djihadistes, ainsi que sur les remparts de la cité. La destruction fut poursuivie au bulldozer puis à la dynamite. L'ampleur matérielle des dégâts, encore difficilement estimable faute de témoignages, est de toute évidence considérable et irréparable. Cette destruction de lieux prestigieux a été dénoncée par l'UNESCO comme étant un « crime de guerre », et s'accompagne d'un commerce illicite des œuvres d'art provenant des sites détruits.

Le site de Nimroud est repris par l'armée irakienne le 13 novembre 2016, lors de la bataille de Mossoul.


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