Éphèse importante cité grecque

Éphèse est l'une des plus anciennes et plus importantes cités grecques d'Asie Mineure, la première de l'Ionie. Éphèse était dans l'Antiquité, et à l'époque byzantine, l'un des ports les plus actifs de la mer Égée.


Bien que ses vestiges soient situés à près de sept kilomètres à l'intérieur des terres, près des villes de Selçuk et Kuşadası dans l'Ouest de l'actuelle Turquie, Éphèse était dans l'Antiquité, et encore à l'époque byzantine, l'un des ports les plus actifs de la mer Égée; il est situé près de l'embouchure du grand fleuve anatolien Caystre.

L’Artémision, le grand sanctuaire dédié à Artémis, la déesse tutélaire de la cité, qui comptait parmi les Sept merveilles du monde et auquel Éphèse devait une grande part de sa renommée, était ainsi à l'origine situé sur le rivage. C'est l'œuvre combinée des sédiments charriés par le Caystre, des changements climatiques, et peut-être d'accidents sismiques, qui explique le déplacement progressif de la côte vers l'Ouest, et l'ensablement subséquent des ports de la ville, prélude de leur abandon.

Éphèse est située sur le littoral ouest de l'Asie Mineure, la Turquie actuelle, au cœur de l'Ionie, au nord est de l’île de Samos; elle occupe le fond d’une des nombreuses baies de la côte de l'Asie Mineure, fermée au sud par le cap Trogylion ou cap Mycale, et se terminant au nord par la presqu’île d’Érythrées. Elle est située près de l'embouchure du Caystre, fleuve très encaissé dans une vallée encadrée par les massifs montagneux du Tmolos au nord, où il prend sa source, et du Mésogée au sud. À l’intérieur des terres, la vallée du Caystre constitue une voie de communication naturelle. De même, les différentes dépressions géologiques offrent des points de passages vers l’arrière-pays. De nombreuses routes relient Éphèse à ses voisines Magnésie du Méandre, Claros et Sardes.

La ville d’Éphèse est très marquée par ce relief à la fois contraignant et imposant avec des environs très accidentés, qui s'ordonnent autour de trois collines : la principale est le mont Panayır Dağ, l'antique Peion, encore appelé Cheiletôn par les Byzantins, et qui figure sur certains types monétaires éphésiens, une colline massive dominée par trois sommets dont l'altitude varie entre 105 et 155 mètres. Elle peut absorber sans dommage les pluies les plus violentes, en raison de ses crevasses et de ses ravines, qui constituent également un atout défensif en cas de conflit. Mais ces dépressions géologiques sont un handicap et un obstacle lorsqu’il s’agit d’amener l’eau jusqu’au cœur de la cité. Une vallée étroite sépare cette colline d'une petite montagne au sud, le Bülbüldağ, l'antique Lepre Akte ou Preion, qui s'étend sur près de quatre km. vers l'est et l'ouest, et culmine à environ 350 m. La dernière colline, au nord du Peion, est celle d'Ayasoluk, l'Hélibaton des Byzantins, dont le nom ancien est inconnu; elle a une hauteur modeste, de quatre-vingt-sept mètres, et sa largeur de cinq-cents mètres, fournissait un site défensif intéressant, malgré l'absence de source.

Elle fut un port important dans l'Antiquité, - une description d'Éphèse faite par Pline l'Ancien indique que « la mer avait l'habitude de monter jusqu'au temple de Diane » - mais l'ensemble de la zone s'est progressivement ensablé, et la ville se trouve actuellement à près de sept kilomètres de la côte égéenne. En effet, le Caystre se jetait à l'origine dans un golfe dont les rives touchaient les trois collines d'Éphèse. Pendant la période holocène, le niveau de la mer s'éleva de plus de 100 m, ce qui limita le transport des sédiments du Caystre vers le large ; ils se déposèrent dans la baie qu'ils comblèrent peu à peu. Au début du premier millénaire av. J.-C., le niveau de la mer était encore deux mètres sous le niveau actuel, et l'embouchure du Caystre dans le golfe d'Éphèse était alors située à plus de 10 km de son emplacement actuel, environ 3,5 km au nord d'Ayasoluk. Au cours du VIIIe siècle av. J.-C., la côte sud du golfe d'Éphèse avait progressé vers l'extrémité nord de la vallée d'Arvalya, au nord du Bülbüldağ, pour former une petite baie proche du Panayır Dağ, devant l'endroit occupé plus tard par le théâtre. La limite nord de cette baie était constituée d'une étroite péninsule, qui pourrait être le cap Tracheia mentionné par Strabon dans sa localisation du village de Smyrna. À l'est du cap s'ouvrait une autre baie, correspondant au port de Koressos. Ces deux baies furent comblées à la fin de l'époque hellénistique par les sédiments charriés par le Caystre, ainsi que par deux rivières secondaires, le Selinus et le Marnas, ce qui entraîna le rétablissement de la ville sous Lysimaque (voir infra) et le réaménagement d'un nouveau port. Le problème ne cessa ensuite de se poser tout au long de l'histoire de la ville : il en résulta une migration des infrastructures portuaires vers plusieurs sites à l'ouest, de plus en plus éloignés du noyau urbain originel. Les terrains ainsi progressivement gagnés sur la mer se distinguent par leur caractère marécageux : ils posent donc un problème de salubrité et nécessitent des travaux de drainage sans lesquels ils ne sont pas utilisables.

La région d’Éphèse bénéficie d’un climat agréable, de type méditerranéen, qui, conjugué aux opportunités offertes par le relief, présente de nombreux avantages. Ainsi, de par sa fertilité sans cesse renouvelée, la large vallée du Caystre est un lieu idéal pour la culture des céréales, et pour l’élevage des chevaux. De même, les nombreux plateaux qui entourent la cité se prêtent fort bien à l’élevage ovin. Enfin, les collines offrent leurs pentes douces à la culture des arbres fruitiers et des oliviers.

De la Préhistoire à l'époque archaïque
L'occupation de la région d'Éphèse remonte au Ve millénaire av. J.-C., comme l'attestent diverses découvertes archéologiques (fragments de céramique et d'obsidienne) faites au sud de la Porte de Magnésie. Des sites du Néolithique ont été identifiés à Çukuriçi Höyük ainsi qu'à Arvalya Höyük. Le premier établissement humain important se trouvait toutefois sur les pentes nord-est de la colline d'Ayasoluk : il est daté par la présence de céramique de la fin de l'âge du bronze. Au XVIe siècle av. J.-C., s'y trouvait une base d'époque mycénienne, dont il reste une tombe datée par la présence de céramique de l'époque Helladique Récent III A27, et un mur de grands blocs rectangulaires. On identifie souvent le site avec Apasa, la dernière capitale du royaume d'Arzawa, mentionnée dans les sources hittites du règne de Mursili II : le nom grec Ephesos serait la forme hellénisée de ce toponyme, mais cette hypothèse reste controversée.

La tradition grecque attribue la fondation d'Éphèse à Androclos10, l'un des fils du roi Codros. Comme celle des autres établissements Ioniens, la colonisation d'Éphèse remonte au Xe siècle. Le site était alors occupé par les Lélèges et les Cariens et les colons se heurtèrent au culte de la déesse mère Cybèle, culte alors dominant dans la majeure partie de l’Anatolie. Pour se concilier les populations autochtones, les Grecs optèrent pour une politique de syncrétisme en fusionnant les cultes d’Artémis et de Cybèle.

Le premier établissement fortifié se trouve à environ 1 200 mètres à l’ouest de l’Artémision, au port de Koressos. Cet emplacement primitif est aujourd’hui situé sous le sol marécageux qui a remplacé la lagune originelle. Cette première agglomération semble avoir été lourdement fortifiée. Une fois la communauté établie, la cité fut gouvernée par des rois : la monarchie était un mode de gouvernement répandu dans le bassin méditerranéen. Entre le Xe et le début du VIIe siècle av. J.-C., la monarchie a été remplacée par une oligarchie aristocratique, qui à son tour a été remplacée par des tyrans.

Vers 675, la cité tomba aux mains des Cimmériens, un peuple scythe venant de la steppe du Moyen-Orient, qui détruisit le tout premier autel dédié à Artémis, lors de la prise de la ville. Cette destruction fut la conséquence de la résistance des Éphésiens, qui, avec la Phrygie du roi Midas, furent l'un des rares peuples à s’opposer à cette conquête.

C'est à cette époque, au milieu du VIIe siècle, qu'apparurent les premiers monnayages publics et taxes. Avec l'essor de l'activité portuaire et commerciale, des taxes portuaires furent mises en place au début du VIe siècle. La cité s'enrichit de plus en plus et, en 570, lorsque les Samiens se dotèrent d’un temple monumental, les Éphésiens ne purent souffrir que la puissance et la splendeur de leur cité soit surpassée. Ils décidèrent donc de faire construire un temple plus grandiose encore, et, à cette fin, ils n’hésitèrent pas à faire venir des architectes de Crète.

La cité devint à cette époque un véritable foyer culturel. De nombreuses écoles virent le jour : médecine, rhétorique, philosophie, etc. Cette profusion culturelle fit d’Éphèse un centre intellectuel et artistique de tout premier plan dans le monde méditerranéen. Ceci s’exprime par un agrandissement de la cité vers l’est, en direction de l’Artémision. Cette expansion est le fait de la construction de nombreux bâtiments publics comme le gymnase et le stade : ceux-ci étaient alors en périphérie de la cité, dont le cœur était occupé par des habitations.

Vers 561, la ville passa sous le contrôle de la Lydie et de son roi Crésus. Il finança la construction des colonnes lors de l'édification du temple. Sous sa domination, les Éphésiens furent contraints d’abandonner leur établissement au Koressos et de s’établir dans les environs de l’Artémision. Crésus voulait en effet affaiblir le potentiel défensif de la cité. Ce déplacement résulte également de la nécessité vitale pour la cité, conduite à l’asphyxie par l’augmentation rapide de sa population, de trouver de nouveaux espaces pour se développer.

À partir de 547, et après la défaite de Crésus à la bataille de la Ptérie (bataille de l'Halys), la cité passa sous la domination perse : l’empire perse, en pleine expansion, absorbait progressivement les royaumes voisins. Le royaume de Lydie, qui s'étendait alors sur toute l'Asie Mineure, ne fit pas exception. Éphèse, bien que jouant un rôle central en Asie Mineure, était en quelque sorte en marge des affaires lydiennes. Cette relative indépendance politique la mit à l’abri des destructions de la conquête. Vivant dans une relative autonomie, la cité ne chercha pas à défendre le royaume duquel elle dépendait et pour lequel elle n’avait pas d’affection particulière. Qui plus est, les Perses ne firent preuve d’aucune marque d’hostilité à l’égard de la plupart des cités d’Ionie. Conformément à la pratique ancestrale des souverains du Moyen-Orient, les Perses n’imposèrent rien aux cités nouvellement conquises. Aucun culte officiel ne fut instauré, la présence de l’occupant se fit de manière discrète, et chaque cité conservait ses institutions. De cette tutelle perse à Éphèse, les sources parlent fort peu.


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