Cité préhellénique de Mycènes

Mycènes est fondée par Persée à la suite du meurtre accidentel d'Acrisios, roi d'Argos. Mycènes est le royaume du héros homérique Agamemnon, chef des Achéens lors de la guerre de Troie.

Mycènes (en grec ancien Μυκῆναι / Mukễnai) est une cité antique préhellénique située sur une colline au nord-est de la plaine d'Argos, dans le Péloponnèse, et entourée de murs cyclopéens (assemblage de blocs énormes).

Mythe
Selon la mythologie grecque, Mycènes est fondée par Persée à la suite du meurtre accidentel d'Acrisios, roi d'Argos. Alors que la ville lui revient légitimement, Persée préfère céder cette royauté à Mégapenthès, neveu du défunt, et part fonder une nouvelle ville, qu'il baptise « Mycènes » soit en allusion au pommeau de son épée, soit en allusion au champignon qu'il trouve sur place. Des traditions concurrentes évoquent une Mycène, fille d'Inachos ou encore un Mycénée, petit-fils de Phoronée.

Mycènes est le royaume du héros homérique Agamemnon, chef des Achéens lors de la guerre de Troie. Homère la décrit comme chère à Héra et « riche en or ». La richesse de la ville est en effet proverbiale dès l'Antiquité.

Histoire
Mycènes donne son nom à la civilisation mycénienne, qui se développe à partir de 1700 av. J.-C. en Grèce continentale. Ainsi, on a retrouvé des vases en céramique et en métal précieux, des perles d'ambre et un masque funéraire en électrum dans le cercle B des tombes à fosse situées près de l'acropole, daté de 1650-1600 av. J.-C. Il témoigne de la transition entre les premières tombes, au matériel relativement modeste, et le cercle A (1600-1500 av. J.-C.), qui a livré une impressionnante quantité d'or et d'objets précieux.

L'habitat de l'époque n'ayant pas été préservé, l'origine d'une telle affluence de richesses ne peut faire l'objet que de conjectures. Sir Arthur John Evans, découvreur de Cnossos, évoque l'installation d'une dynastie crétoise à Mycènes ; on a suggéré, à l'inverse, un pillage mycénien en Crète ou le retour de mercenaires partis combattre les pharaons Hyksôs en Égypte. Il semble que la richesse des Mycéniens de l'époque soit endogène, et non due à l'extérieur, et qu'elle se soit constituée progressivement, et non à la suite d'un événement particulier.

Le matériel et l'iconographie des tombes montrent que Mycènes est alors dominée par une aristocratie guerrière, dont les représentants affichent une taille et une force physique supérieures à la moyenne, sans doute grâce à une meilleure alimentation. Elle se distingue par son goût pour les objets de luxe et par l'importance accordée aux monuments funéraires : la tombe à tholos dite « d'Égisthe » a nécessité l'équivalent du travail de 20 hommes pendant 240 jours, puis une phase de maçonnerie d'une année entière.
La cité est gouvernée par un monarque appelé « wa-na-ka » dans la langue mycénienne des tablettes en linéaire B, correspondant au mot (ϝ)άναξ / (w)ánax (« roi ») de la langue homérique.

La disparition de cette civilisation n'est pas expliquée précisément. Les causes sont à la fois externes (tremblements de terre à l'origine du déplacement de sources d'eau, raids de nouvelles populations) et internes (administration trop centralisée et trop rigide, incapable de surmonter de nouvelles crises). L'hypothèse de la cause interne est renforcée par le fait que, dans les tablettes mycéniennes, le nom du magistrat chargé de l'administration des villages est une forme ancienne dont aurait pu dériver le titre d'archonte (roi-prêtre de la Grèce archaïque). Ce qui signifierait que l'administration mycénienne se désintégra au point que les citoyens ne reconnurent plus que les magistrats locaux comme autorité suprême. Selon la théorie de Jared Diamond, l'exploitation sans vergogne des ressources naturelles aurait pu être à l’origine de la chute de la Grèce mycénienne.

Ses ruines considérables furent visitées par Pausanias, au IIe siècle ap. J.-C., qui commente les tombeaux, les remparts massifs et la porte des Lionnes, encore visibles aujourd'hui. Toute connaissance sur ceux qui avaient construit cette remarquable cité avait disparu bien avant l'époque classique, et les Mycéniens ne furent connus des Grecs que de la manière la plus vague, à travers mythes et légendes.

Fouilles archéologiques
La cité de Mycènes est connue depuis l'expédition française de 1822, mais c'est à l'archéologue allemand Heinrich Schliemann que l'on doit les premières connaissances précises de la citadelle et des tombes, fouillées à partir de 1876. De nombreuses campagnes archéologiques ont été menées depuis lors.

Après Schliemann, d'autres découvertes ont révélé que Mycènes était habitée dès le troisième millénaire par une population préhellénique proche de celle de la Crète minoenne contemporaine. Une vaste ville s'étendait au pied de la citadelle, mais elle n'a été que très peu explorée.

La citadelle
Les vestiges de la citadelle de Mycènes ont été entièrement fouillés, et on peut voir aujourd'hui le palais mycénien entouré de son enceinte cyclopéenne et d'un grand nombre de tombes à fosse ou à coupole.
L'enceinte cyclopéenne est percée de deux accès, tout comme à Tirynthe. La porte des Lions constitue l'entrée principale : elle est formée d'un trilithe au linteau énorme surmonté d'un triangle de décharge à encorbellement obturé par une plaque sculptée représentant deux lionnes dressées de part et d'autre d'une colonne à chapiteau. L'ensemble est datable de -1250. Une seconde porte ou « poterne » s'ouvre au nord de l'enceinte, elle aussi constituée d'un trilithe, mais plus petite et sans décor sculpté.
Le mur a été construit en trois phases: la première date d'environ -1350. Puis au milieu du -XIIIe siècle, la défense est étendue vers le sud et l'ouest. Vers -1200 se situe le renforcement et l'extension de la citerne et des entrepôts.

Le palais royal
Le palais royal, accessible par un chemin très raide, est situé au point le plus élevé de la citadelle. Il en reste peu de vestiges, car il a été détruit dans un incendie et presque entièrement modifié. Le palais royal s'élève en terrasse au cœur de l'enceinte, selon un plan tripartite composé de trois pièces successives, deux vestibules, et d'un mégaron, qui caractérise les palais mycéniens. Cette grande salle presque carrée d'environ 120 mètres carrés, (plus vaste que celle de Pylos) est éclairée par un lanterneau soutenu par quatre colonnes. Elle possède un toit à double pente qui abrite un foyer central fixe et circulaire ainsi qu'un trône. Le palais royal domine d'autres édifices de dimension un peu plus modeste : grandes maisons dont la longueur pouvait atteindre 35 mètres que l'on retrouve des deux côtés du rempart, ainsi que des unités ordinaires d'habitation à l'architecture inchangée au cours des siècles.

Les cercles de tombes
De nombreuses sépultures royales ont été découvertes à l'intérieur de deux cercles situés dans l'acropole. Les deux grands cercles A et B, situés à l'Ouest de la cité, renferment de nombreuses tombes à fosse surmontées d'une dalle ou d'une stèle sculptée en bas-relief ou en méplat et qui recèlent un matériel funéraire extrêmement riche composé de figurines de terre cuite, céramique, masques, vases et bijoux en or. Les masques mycéniens, dont le fameux masque d'Agamemnon, étaient destinés à conserver dans un moulage en feuille d'or, les traits et le souvenir des grands morts héroïsés. Cinq de ces tombes ont livré 17 os de membres inférieurs, essentiellement masculins.
Le cercle A, découvert par Schliemann, s'étend à l'intérieur de l'enceinte. Le cercle B, plus ancien, n'a été dégagé qu'après 1950 : on y a trouvé des tombes encore plus anciennes que celles du cercle A, remontant, pour certaines d'entre elles, au -XVIIe ou -XVIe siècle, c'est-à-dire au tout début de la civilisation mycénienne.

    La tombe V du cercle A:

La tombe la plus célèbre est la tombe V du cercle A. L'un des hommes avait le visage recouvert du « masque d'Agamemnon ». C'est une feuille d'or travaillée au repoussé et par incision. Les yeux sont fermés et traités en grain de café, les oreilles sont stylisées et traitées en double-volutes, tandis que la moustache et la barbe, encadrant une bouche rectiligne, sont incisées avec précision. Un pectoral, en forme de trapèze marqué par deux cercles pointés figurant les auréoles mammaires, recouvrait la poitrine. Un motif de spirales enchaînées emprunté à l'art cyclado-minoen marque le pectoral. Le matériau, pérenne, a la volonté de protéger en même temps la dépouille du défunt. L'art cyclado-minoen se retrouve également sur un vase de la tombe. À la période où la civilisation mycénienne émerge en tant que puissance locale, les mœurs de ses populations sont assez rustiques et influencées tant par l'Orient que par Cnossos.

Les tombes à coupole
On a découvert à l'extérieur de l'enceinte neuf grandes tombes monumentales à coupole, dites "tombes à tholos" en forme de ruche, construites selon la technique de l'encorbellement. Il leur a été donné des noms de fantaisie évoquant les héros homériques : trésors d'Atrée, d'Agamemnon, de Clytemnestre, d'Égisthe, etc.

Ces tombes, précédées d'un long corridor à ciel ouvert (dromos), étaient accessibles par une porte monumentale.

Celle de la tombe dite « Trésor d'Atrée », accessible par un corridor (dromos) de 36 m de long et de 6 m de large, est surmontée d'un énorme linteau, mesurant 9,50 × 1,20 m et pesant 120 t, constitué de deux blocs. Il était déchargé par un triangle en encorbellement, obturé par une plaque décorée, analogue au dispositif encore en place sur la porte des Lionnes. La coupole de la chambre funéraire s'élève à 14 m.


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