La civilisation de l'Oxus

Le complexe archéologique bactro-margien (BMAC), également dénommé en français dans la tradition archéologique, « civilisation de l'Oxus », entre la fin du IIIe et le début du IIe millénaire av. J.-C. (c. 2300-1700).

Le complexe archéologique bactro-margien (traduction de l'expression anglaise Bactria and Margiana Archaeological Complex, abrégée en BMAC), également dénommé en français dans la tradition archéologique, « civilisation de l'Oxus », sont des appellations qui servent à désigner une civilisation interculturelle qui s'est épanouie entre la Bactriane et la Margiane (Turkménistan, Ouzbékistan et Afghanistan actuels) entre la fin du IIIe et le début du IIe millénaire av. J.-C. (c. 2300-1700). Cette civilisation qui caractérise l'Asie centrale à l'époque du Bronze ancien a principalement été identifiée par des archéologues soviétiques à partir de fouilles ayant débuté dans les années 1950. Elle présente une grande homogénéité d'un site à l'autre.

Sites principaux
Les sites archéologiques du BMAC se répartissent en deux groupes principaux, déterminés par deux importants ensembles de cours d'eau. Le premier est le delta du Murghab, dans la partie occidentale. Son site principal pour cette période est Gonur-depe. Les autres établissements importants de cette région sont Kelleli, Taip, et Togolok pour une phase plus tardive. Plus récemment, le site d'Adji-kui a été mis au jour.

Le deuxième se situe en Bactriane, autour des affluents de l'Amou-daria, où un autre ensemble est formé par les sites de Sapalli-depe, Dashly-depe puis plus tard Djarkutan.

Urbanisme
Les établissements du BMAC avaient une taille relativement importante, en tout cas jamais atteinte auparavant dans la région : leurs équivalents devant être cherchés plus à l'ouest dans la culture de Namazga ou au sud-est dans la vallée de l'Indus. Gonur-depe couvre ainsi 28 hectares. Les autres grands sites couvrent plus de 10 hectares. Leur cœur était formé par une forteresse formant souvent un quadrilatère presque carré flanqué de tours de garde à chacun de ses angles. Le reste de la cité s'organisait autour de ce centre. Ils comportaient des quartiers d'habitation, ainsi que des zones où étaient regroupés les artisans.

Autour de ces grands centres gravitait un ensemble de petits villages mesurant pour la plupart moins de 3 hectares, plutôt tournés vers l'activité agricole, et ne comportant aucun ouvrage défensif.

Culture matérielle
De nombreux objets ont été mis au jour dans des nécropoles du BMAC. Celles des élites comportent évidemment un grand nombre d'objets : vases en céramique de divers types, objets en cuivre ou en bronze, notamment des armes. On a également retrouvé des statuettes féminines. Trois types de sceaux ont été identifiés, témoignant des diverses influences culturelles reçues par le BMAC : un sceau en bronze, plat, simple au départ avant de se complexifier, renvoyant aux sceaux de Namazga ; un sceau-amulette, souvent de forme cruciforme, selon la tradition centrasiatique, mais dont le répertoire est influencé par la Mésopotamie, l'Élam et la civilisation de l'Indus ; un sceau-cylindre, objet typique de la tradition mésopotamienne et élamite.

Le BMAC et ses voisins
La culture matérielle des porteurs de la culture du BMAC témoigne des influences qu'ils ont pu recevoir de leurs voisins. On compte en premier lieu la culture de Namazga, plus proche géographiquement, qui a eu une influence importante durant la phase de Kelleli, qui a marqué le début du BMAC dans le delta du Murghab. Plus lointaines mais plus rayonnantes, les civilisations de Mésopotamie, d'Élam et de l'Indus ont vu elles aussi certains de leurs aspects repris en Bactriane et en Margiane. On a également trouvé des objets typiques des steppes situées au nord de la vallée de l’Oxus.

À l'inverse, des objets du BMAC se retrouvent dans les régions voisines : dans tout le plateau iranien, au Balouchistan surtout. Cela relève des liens forts qui unissent les différents ensembles culturels compris entre la Mésopotamie et l'Indus à cette période.

Depuis une dizaine d'années, les interprétations ont évolué, et ne sont plus celles qui retiennent aujourd'hui les faveurs de grands spécialistes comme V. Sarianidi, et les principaux chercheurs français de l'Inde antique tels G. Fussman et H.-P. Francfort. Dans un cours qu'il a donné au Collège de France en mars 20105, Fussman, synthétisant les recherches de ses collègues, envisage plutôt comme hypothèses :

   1 que certains artefacts trouvés dans les cités de l'Indus sont des émanations de la civilisation de l'Oxus (dont le fameux prêtre en prière).
   2 une fréquentation de la civilisation de l'Oxus par les ancêtres des Indos-Aryens et des Iraniens à une certaine époque de leur migration vers le sud (sans doute autour de la fin du IIIe millénaire), présents sur le même territoire. Fréquentation qui aurait été l'occasion pour ces nomades de la découverte et de l'acquisition de traits culturels nouveaux : organisation urbaine, techniques agricoles, etc.

Par ailleurs, il n'est toujours pas déterminé si les statuettes composites (cf. ci-contre) de femmes découvertes sur différents sites du BMAC mais aussi hors de ce périmètre, représentent des dignitaires ou des divinités.

Composition ethnique
L'une des raisons pour lesquelles le BMAC est le plus couramment mentionné est l'intérêt que lui ont porté ceux qui ont tenté d'identifier le parcours des ancêtres des Indiens et des Iraniens au cours de la protohistoire, qui sont selon toute probabilité arrivés du nord-ouest de l'Asie centrale, depuis les steppes de Russie, avant de s'établir dans leurs pays actuels dans le courant du IIe millénaire (en premier les Indiens, plus tard les Iraniens). Le fait que l'on ait retrouvé de nombreux objets du type de ceux du BMAC dans le Balouchistan (Mehrgarh VII, Sibri) a fait qu'on veut parfois identifier les porteurs de cette culture avec les ancêtres des Indo-Aryens, qui auraient ensuite essaimé vers la vallée de l'Indus, où ils supplantèrent peu à peu les anciennes populations de cette région, tandis que le sud de l'Asie centrale, notamment la Bactriane et la Margiane, voyaient l'arrivée des Proto-iraniens.

Postérité
Quoi qu'il en soit de ces questions rattachés à l'épineux problème des migrations indo-européennes, la période de BMAC a été suivie en Bactriane et en Margiane par une culture qui s'est bâtie dans sa continuité, représentée par deux sites principaux, Togolok dans le delta de la Murghab et Djarkutan en Bactriane, connus notamment pour leurs grands « temples ».


Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source de base : Wikipedia soumis à évolution intéractive.
Proposer une modification ou un complément d'information ? suivez notre formulaire : (en cours)

Back to top