Allée couverte la Roche-aux-Fées

La Roche-aux-Fées, en Bretagne, est un magnifique ensemble mégalithique en forme d'allée couverte. Son nom vient d'une légende prétendant que les pierres auraient été apportées par des fées.

La Roche-aux-Fées est un dolmen en forme d'allée couverte situé dans la commune d'Essé, dans le département français d'Ille-et-Vilaine en région Bretagne. Son nom vient d'une légende prétendant que les pierres auraient été apportées par des fées, légende souvent à l'origine du nom de « roche aux fées » donné à des dolmens ou allées couvertes.

Le dolmen est composé de plus d'une quarantaine de pierres formant un couloir quatre fois plus long que large. Son orientation nord-nord-ouest – sud-sud-est est telle que le soleil se lève dans l'alignement de celui-ci lors du solstice d'hiver.

C'est un des mille premiers monuments historiques classés en France et un des quatre situés à l'époque en Ille-et-Vilaine.
Le monument est situé à proximité du hameau de la Roche et de la ferme du Rouvray, non loin de la frontière avec la commune du Theil-de-Bretagne. Le dolmen se trouve le long de la route départementale 341 entre Essé et Retiers. Il est à une altitude d'environ 70 mètres dans la vallée de la Seiche.

Alors que la plupart des dolmens du même type se trouve en Anjou, la localisation isolée de la Roche-aux-Fées est une exception.
Seul mégalithe de la commune, on trouve cependant plusieurs autres sites dans les environs. Selon la légende, certains auraient été abandonnés par les fées lors de la construction du dolmen :

    la pierre de Rumfort, au sud de la forêt du Theil-de-Bretagne ;
    le menhir de la Pierre-aux-Fées à Janzé ;
    le menhir de Richebourg à Retiers ;
    les menhirs du Champ de la Pierre et du Champ Horel du Sel-de-Bretagne ;
    la Table-aux-Fées de Saulnières.

Le toponyme est déjà présent sur la carte de Cassini et le dolmen est signalé sur la plupart des cartes modernes.
Le dolmen donne son nom à la communauté de communes de la Roche-aux-Fées.

L'époque exacte de la construction est donc inconnue, mais se situerait hypothétiquement au Néolithique final (soit entre 3 000 et 2 500 ans av. J.-C.).
Des fouilles clandestines ont été effectuées par des paysans à la fin du XVIIIe siècle mais aucune découverte n'a été rapportée.

Une des toutes premières attestations est celle de l'abbé Roussel en 1752 :
    « Il y en a une d'une grandeur prodigieuse dans la paroisse d'Essé à 5 ou 6 lieues de Rennes »
— Abbé Roussel, 1752

En 1756, Anne Claude de Caylus en donne une description ainsi que plusieurs représentations :
    « Sur les confins des Paroiſſes de Teil, & d'Eſſé, dans l'Evêché de Rennes, habité autrefois par les Rhedones, on trouve au milieu d'une ancienne forêt un ouvrage ſingulier, que les habitans du pays connoiſſent ſous le nom de la Roche aux Fées […] »
— Anne Claude de Caylus, Recueil d'antiquités égyptiennes, étrusques, grecques et romaines

Le régiment d'Orléans dragons aurait fait la fête ainsi qu'un feu dans le dolmen en 1789, abimant ainsi le dessous des dalles de couvertures.

Depuis la première moitié du XIXe siècle, le site a fait l'objet de plusieurs visites par des sociétés d'archéologie locales, principalement la Société Archéologique d'Ille-et-Vilaine qui a publié plusieurs rapports et comptes-rendus. Néanmoins, aucune fouille archéologique approfondie n'a été menée, ni céramique signalée sur le site.
Le site devient touristique et vers 1855, des étrangers (des Anglais selon un témoignage) détériorent la pierre supérieure du trilithe d'entrée.
C'est un des 1034 monuments historiques classés dans la liste des monuments historiques protégés en 1840 et un des quatre situés en Ille-et-Vilaine.

Légendes et croyances
Plusieurs légendes et croyances ont pour sujet la Roche-aux-Fées, notamment celle de fées s'installant à Essé et se partageant le travail pour construire leur demeure. Lorsque l'édifice fut achevé, les fées bâtisseuses n'avertirent que tardivement les fées qui transportaient de gros blocs devenus inutiles. Aussi ces dernières laissèrent tomber les rochers de leurs tabliers, essaimant ainsi des menhirs comme celui de Runfort ou ceux de la lande des Trois-Marien.

D'autres croyances portent sur le nombre de pierres du monument qui varierait sans cesse. Une croyance en particulier veut que les jeunes mariés doivent à la nouvelle lune compter le nombre de pierres en faisant le tour du dolmen chacun de son côté, les femmes dans le sens des aiguilles d'une montre et les hommes en sens inverse ; s'ils obtiennent le même nombre alors leur union sera durable. Il existerait aussi une « pierre branlante témoignant de la fidélité conjugale. »

Une croyance recueillie au XIXe siècle présente la Roche-aux-Fées comme une grotte construite par les fées pour protéger les âmes des bonnes gens, mais ces fées se sont enfuies depuis la mort des arbres il y a plus de deux siècles. Depuis, le sifflement du vent entre les pierres serait les lamentations des âmes auxquelles elles ne rendent plus visite.

Il est aussi dit que « celui qui détruira le dolmen d'Essé mourra dans l'année ».
Il existe aussi une croyance qui fait de la structure le tombeau d'un général romain. Un ingénieur géographe du XVIIIe siècle indique :

    « Les gens des environs veulent que ce ſoit un ancien temple des Fées, pour leſquelles leurs ancêtres avoient beaucoup de vénération ; opinion ridicule, mais peu étonnante, ſi l'on fait attention que ce ſont des paysans les plus groſſiers qui penſent ainſi. […] Les gens ſenſés croient que ce monument eſt le tombeau d'un Général Romain. »
— Jean-Baptiste Ogée, Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne

Ce à quoi Arthur de La Borderie répond presque un siècle plus tard :
    « Je laisse à choisir ici laquelle est la plus grossière, de la poétique légende des paysans ou de la bévue pédantesque des gens sensés. »
— Arthur de La Borderie, La Bretagne contemporaine

En 1904, Adolphe Orain en donne une description en préambule de son conte La Fée des Houx. Dans ce conte, un bûcheron et sa femme enterrent un pot à ne pas ouvrir à l'intérieur de la Roche-aux-Fées en échange d'une bourse magique qui contient des pièces d'or à volonté. Dans d'autres légendes, un paysan trompe une fée qui cherche à échanger le nouveau-né de la ferme soit en utilisant un crible soit en l'aveuglant avec de l'eau bouillante, répondant à la fée qui cherche qui a osé lui faire cela « C'est moi-même » (comme Ulysse se nomme « personne » devant Polyphème).


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